Cela faisait 37 ans que les moteurs de la sonde spatiale de la NASA n’avaient pas été allumés. Un test vient de prouver qu’ils fonctionnent, ce qui permettra d’aligner correctement son antenne avec la Terre.

le 5 septembre 1977

Jamais l’humanité n’a envoyé un objet aussi loin dans l’espace. Une fois sa mission d’exploration de Jupiter, Saturne, et Titan achevée, la sonde Voyager 1 a été propulsée vers les confins de notre système solaire. Son ultime mission est désormais de transmettre des données jusqu’à son dernier souffle, afin de nous renseigner sur les rayonnements qui circulent dans le milieu interstellaire, en dehors de l’héliosphère, c’est-à-dire la zone d’influence de notre Soleil. Depuis son lancement le 5 septembre 1977, la sonde s’éloigne de la Terre à la vitesse de 61.000 km/h. Elle se trouve actuellement à 21 milliards de kilomètres de nous (vous pouvez suivre en direct son éloignement via cette page web). Malgré cette distance colossale qui nous sépare de cet objet, les équipes de la NASA sont parvenues à en redémarrer les moteurs mercredi 29 novembre 2017. Il s’agit en réalité de petits propulseurs capables d’effectuer d’infimes et très brèves poussées (quelques millisecondes) afin de modifier très légèrement l’orientation de la sonde. Objectif : maintenir son antenne de communication correctement pointée vers la Terre. Une condition indispensable pour conserver le contrôle de ce petit vaisseau et continuer d’échanger des informations avec lui.

19 heures et 35 minutes d’angoisse le temps que le signal fasse l’aller retour de puis la Terre à la vitesse de la lumière

« Si vous essayez de démarrer une voiture qui est restée dans un garage pendant des décennies, vous ne attendrez probablement pas à ce que le moteur démarre« , s’amuse la NASA dans un communiqué saluant le succès de l’opération. En effet, ces propulseurs n’avaient plus fonctionné depuis novembre 1980. Une prouesse qui « va permettre de prolonger la vie de Voyager 1 de deux ou trois ans« , s’est félicitée dans ce même communiqué Suzanne Dodd, directrice de projet pour la NASA. La remise en service de propulseurs à cette distance était un véritable défi. Pour parvenir à leurs fins, les ingénieurs de la NASA ont dû faire face à plusieurs défis. Le premier est que les propulseurs chargés d’assurer cette bonne orientation de la sonde sont sur le point de rendre l’âme. « Au fil du temps, ces propulseurs se sont dégradés et il faut désormais déclencher plus de poussées pour fournir la même quantité d’énergie à la sonde » explique la NASA. L’équipe de l’agence spatiale américaine en charge de cette manoeuvre a donc opté pour une autre solution : remettre en marche des propulseurs de secours dont la fonction première était de corriger des manoeuvres durant les phases d’exploration de la sonde. Ces propulseurs, situés à l’arrière de la sonde n’avaient pas fonctionné depuis le 8 novembre 1980 (date de la dernière manoeuvre près de Saturne). Envoyer la série de commandes permettant de faire les tests a été une autre difficulté à surmonter. « L’équipe chargée d’administrer le vol de Voyager a du examiner les logiciels qui avaient été codés dans un langage obsolète, afin de s’assurer qu’il serait possible d’effectuer les tests« , détaille l’ingénieur en chef Chris Jones.

Le test a constitué en une mise à feu des quatre propulseurs pendant 10 millisecondes. Et pour les scientifiques, il a fallu supporter 19 heures et 35 minutes d’angoisse le temps que le signal fasse l’aller retour de puis la Terre à la vitesse de la lumière… et leur rapporte l’information que les propulseurs avaient bien démarré. Le test ayant été un succès, la correction de positionnement proprement dite devrait avoir lieu à partir de janvier. Et compte tenu de la réussite du projet sur Voyager 1, la NASA envisage de réaliser un test similaire sur Voyager 2, sa jumelle, où les propulseurs sont toutefois en meilleur état.

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KeyKeeper

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Ingénieur en mécanique adorant la technologie. Née avec un Comodor64. Ma première ligne de commande :10 PRINT"HELLO!"RUN